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Le jour où… Un médecin m’a dit que je n’aurais jamais d’enfants.

Ce jour-là, j’ai 25 ans. Quelques mois auparavant, j’ai ressenti des douleurs inimaginables au pelvis.

Hôpital, radios, IRM, gynéco… tous les diagnostics m’ont été donnés : ballonnements, règles douloureuses, utérus rétroversé, ovaires capricieux et j’en passe.

Et puis un jour, un médecin, un professeur en gynécologie me demande si j’ai des douleurs lombaires. Je lui réponds que oui.

 

Et là le mot tombe… endométriose.

 

Il m’explique que c’est une maladie cachée et qu’il va devoir m’opérer pour voir si c’est bien ça.

Ai-je le choix ?

J’accepte.

 

A mon réveil, j’apprends que j’avais les trompes et une partie postérieure de l’utérus complètement envahies de lésions endométriosiques.

En Janvier 2008, Il me met sous traitement hormonal pour faire disparaître mes règles et limiter la maladie.

S’en suit une longue période où j’essaye d’en apprendre le maximum sur cette saleté. C’est quoi une endométriose ? Pourquoi moi et pas une autre ? Comment j’ai attrapé ça ? Est ce que je serai malade à vie ? Est ce qu’on peut en guérir ? Quels sont les traitements au long terme ? alternatifs ?

Tous les bouquins y passent et Doctissimo devient mon meilleur ami. Je psychote même tellement je lis toutes sortes de trucs, je m’imagine avoir un cancer de l’utérus ou avoir des lésions endométriosiques dans le cerveau…

 

En Décembre 2008, Je change entre temps de pays et je pars vivre en Guadeloupe.

Nouvelle vie, nouveau départ. Nouveau médecin.

Je cherche un gynécologue pour un suivi spécifique vu que j’ai une endométriose. 

A cette époque, je rejoins mon compagnon pour entamer une nouvelle vie à 2.

 

Je décide de prendre la pilule parce qu’à 25 ans je ne suis pas encore prête à avoir des enfants et que ça ne fait pas partie de mes objectifs à court terme.

Le même mois, en Décembre 2008, je prends rendez-vous au planning familial local et je suis reçue par un gynécologue homme pour une 1ère consultation avant délivrance de la pilule.

Bien organisée, j’arrive avec mon dossier médical sous le bras que je lui donne afin qu’il puisse avoir mon suivi complet.

Assise devant son bureau, c’est alors qu’il me sort : « ah mais si vous avez une endométriose, la pilule ce n’est pas la peine, vous n’aurez jamais d’enfant ! »

 

J’arrête de respirer. Je suis choquée. Je n’arrive pas à y croire. Je ne sais même pas quoi répondre. Je ne rappelle même plus d’ailleurs si j’ai répondu quoi que ce soit.

Les reste de la consultation se passe un peu comme dans un film, j’ai l’impression d’être en dehors de moi-même. Il me donne quand même une prescription pour la pilule, que je n’utiliserai jamais.

 

Dans les jours qui suivent, je passe par plusieurs sentiments. Je suis triste, en colère, lasse. J’ai l’impression de n’avoir rien demandé et pourtant cette saleté de maladie est là et elle me prend tout jusqu’à même cet enfant qui n’est même pas encore là, et qui ne le sera probablement jamais puisque je ne pourrais pas avoir d’enfant.

J’en veux à mort à ce gynéco. C’est lui qui a brisé mes espoirs de devenir mère un jour. 

Les mois passent et je digère la nouvelle.

Mais depuis que j’ai appris que je n’aurais jamais d’enfant, secrètement dans mon cœur, je fais tout pour tomber enceinte.

Pas particulièrement parce que je veux un enfant mais parce que j’ai besoin de me prouver à moi-même que je peux tomber enceinte. Que je peux porter la vie ! 

Et que ce médecin s’est trompé.

 

En Septembre 2009, le miracle. Je tombe enceinte.

 

On est tous les deux très contents et après la petite annonce qui fait son effet, (j’avais mis deux petits chaussons de bébé sur le bar de la cuisine) on entame cette grossesse tellement voulue.

 

En Décembre, je perds le bébé. Personne ne sait vraiment pourquoi.

Je suis emmenée à l’hôpital en urgence après avoir perdu beaucoup de sang et après une rapide échographie, l’interne de service me dit « je suis désolée mais le cœur ne bat plus ».

Après la procédure médicale, le lendemain je rentre chez moi.

 

Je suis à terre. Je pleure tellement.

Je me coupe même tous les cheveux toute seule un jour parce que je n’arrivais pas à tout laver. (je ne le savais mais je faisais une belle dépression)

 

Je me lance alors à corps perdu dans la création de ma société. Bébé de substitution.

Le bon point c’est qu’à cette période, je trouve une femme gynécologue, le Dr. Landre, pour mon suivi médical, spécialisée dans les troubles de la conception et en endométriose.

 

En juin 2010, je tombe encore enceinte. Je perds le fœtus après 1 mois.

Il apparait maintenant que le problème n’est pas de tomber enceinte mais bien de garder le bébé.

 

En début d’année 2011, mon gynécologue me réfère à un professeur en gynécologie, chef de pôle à l’hôpital général de Guadeloupe, le Pr. Janky à cause de douleurs incessantes au pelvis et aux lombaires.

L’endométriose revient. Il m’opère une seconde fois et me mets sous traitement hormonal pour stopper mes règles. 

Je lui dit que je ne prendrais rien car déjà je n’ai pas de chance d’abord pour tomber enceinte. Alors la douleur tant pis. Mais je ne gâcherai pas mes chances d’avoir un enfant.

Il laisse à mon corps quelques mois pour se reposer et me propose en fin d’année 2011 de commencer un traitement hormonal pour fluidifier mon sang et permettre la nidation de l’œuf.

 

Je tombe enceinte en Avril 2012. Je ne m’en rends pas compte tout de suite et je perds le fœtus dans la foulée.

A ce stade, je suis devenue une habituée des procédures médicales en suite de fausses couches. 

 

J’ai la rage.

Je travaille beaucoup et j’ouvre ma société en mai. J’y consacre mes jours et mes nuits.

 

En septembre, je constate que je n’ai pas de règles. Je fais un test et c’est positif. Le fœtus n’a que 2 semaines.

Immédiatement, le professeur me met sous traitement hormonal pour que le fœtus tienne et se développe.

Ma grossesse est difficile car je dois prendre de la progestérone et du lutenyl plusieurs fois par jour, des injections de Lovenox tous les matins et de l’aspirine tous les jours.

Je dois faire une prise de sang chaque mois pour vérifier mon sang et qu’il est assez fluide pour que le fœtus tienne bon et ait tout l’apport sanguin dont il a besoin.

 

Les mois passent et je me prépare à accoucher.

 

Je jongle entre ma société, mon bébé de substitution et ce vrai bébé qui arrive bientôt et à qui je n’arrive toujours pas à m’attacher puisqu’à n’importe quel moment, il peut s’en aller.

On m’apprend quelques semaines avant mon accouchement qu’à la suite de mon traitement et au risque d’hémorragie, on ne préfère pas me donner de péridurale.

Je vais devoir accoucher par voie basse sans anesthésie. 

 

En Mai 2013, ma fille voit le jour. Ça prend un peu de temps mais petit à petit, je commence à m’attacher et à m’habituer à elle.

C’est un bébé joyeux et elle est en bonne santé.

J’ai vaincu l’infertilité de cette saleté de maladie. Je suis devenue maman. J’ai gagné la guerre.

 

En Février 2016, je fais une grossesse extra utérine. L’œuf est resté coincé dans la trompe droite, remplie d’adhérences endométriosiques.

Encore une bataille de perdue.

Les suites de cette fausse couche sont très difficiles et douloureuses. On me donne du méthotrexate et j’expulse cet œuf avec de vraies contractions. C’est l’horreur.

 

En Aout, je pars en vacances avec ma fille pour m’aérer la tête et relativiser. J’ai un enfant c’est l’essentiel.

En Octobre 2016, j’apprend que je suis enceinte de près de 3 mois.

Branle-bas de combat. On me donne du Lovenox et de l’aspirine pour le sang mais surprise pas de progestérone.

Le professeur me dit que si l’œuf a réussi à s’implanter il y a 3 mois, il est là pour rester.

Quasiment 10 ans après le jour où on m’a dit que je n’aurais jamais d’enfants, en Avril 2017, j’accouche d’un gentil petit garçon. 

Il est aussi calme que sa sœur est énergique.

 

Aujourd’hui j’ai deux enfants. Le parcours a été tel que je n’en n’aurais probablement plus d’autre mais je suis contente d’avoir pu en avoir deux. 

D’autres femmes atteintes d’endométriose n’auront peut être jamais cette chance.

 

Je ne reverrai probablement jamais non plus le gynécologue qui m’a dit en Décembre 2008, « ah mais si vous avez une endométriose … vous n’aurez jamais d’enfant ! »

Pour quoi faire ?

Je lui ai pardonné… le jour où je suis devenue maman.


L’endométriose touche 10% des femmes. 30 à 40 % des femmes atteintes d’endométriose connaissent des problèmes de fertilité. (Source : endofrance) 

Il n’y a aujourd’hui aucun traitement contre l’endométriose. Seule la ménopause met un terme à la maladie.


J’ai eu l’opportunité d’écrire ce billet de blog suite à la storytell imaginée par le magazine Parole de mamans à l’occasion des #efluent8 : « le jour où … » 

Je serai à Paris les 27 et 28 Novembre 2018 pour le spot des #efluent et j’espère pouvoir être sélectionnée pour raconter mon combat en vidéo.

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Sandy Abena (abenafrica) (lundi, 10 décembre 2018 07:44)

    Merci pour cet article. Émouvant, puissant, authentique. Il donne la force. Je viens d'avoir 27 ans, je ne suis toujours pas maman ( car je n'ai toujours pas trouvé le Papa, hihi). Mais plus je prends de l'âge plus j'ai peur de ne pas connaitre la maternité. De voir tout autour de soit ses copines avoir leurs 1er, 2ième bébé, se marier, etc. Je suis autant heureuse pour elles que triste que mon tour ne vienne pas... J'admire votre ténacité et votre positivisme tout au long de votre parcours vers la maternité.. Deux petits miracles c'est fabuleux, félicitations. Merci pour cet article qui me touche et qui j'espère servira à certaines femmes de se sentir moins seule.